Air n° 10 : Le soleil brille dans le ciel bleu
Déclaration d’amour.
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Les jeunes filles
Mabel
Frédéric
Les jeunes filles
Frédéric |
Girls
Did ever maiden wake
Frederic |
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Mabel |
Frédéric |
Les jeunes filles |
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Mabel |
Frederic |
Girls |
Conseils de direction musicale
Voici un passage qui distingue les directeurs musicaux vraiment investis de ceux qui font le minimum syndical. Il y a des problèmes de justesse et de mémoire dans les parties féminines qui sont intrinsèquement délicats, mais le principal défi réside dans les signatures rythmiques simultanées, un problème de coordination que vous, en tant que directeur musical, devez résoudre.
Problèmes de notes et de mémoire
Dans le premier passage des jeunes filles, la ligne d’alto descendante sur « Et tout est sec, même la bruyère » nécessitera une attention particulière. La ligne de soprano est assez diatonique, avec seulement quelques altérations, mais la partie d’alto sur « la bruyère alors qu’il a… » est un véritable fouillis d’intervalles de tons et demi-tons. Je recommande vivement d’isoler cette section et de l’enseigner d’abord aux altos, avant que la version plus simple des sopranos ne vienne embrouiller les choses. Ensuite, lors de l’apprentissage de la conclusion de ce passage, portez une attention particulière au Fa dièse final, car vous devrez le distinguer des deux autres occurrences plus tard.
Le deuxième couplet chanté par les jeunes filles commence de manière identique mais se termine dans les graves sur un si bémol. Si vous ne travaillez pas cette différence, vous obtiendrez deux versions simultanées, et le Fa dièse créera un accord de septième majeure à l’entrée de Frédéric, plus proche d’un dîner-spectacle de cabaret que de la Cornouaille.
Le troisième couplet du chœur est l’exception. Il est en Sol majeur, pas en Si, et le contour mélodique monte : Sol sur « SOLeil », La sur « TEMPS », Si sur « TOUT ». Ensuite, on revient en Si majeur, notre tonalité principale. La ligne d’alto des 12 dernières mesures est un peu maladroite. Il n’y a pas de temps pour respirer dans ce passage. Insistez sur la nécessité de respirer en décalé et de sacrifier un mot plutôt que de compromettre l’ensemble en essayant de tout chanter après une respiration.
Gestion du rythme
Les deux premières fois où nous rencontrons la polyrythmie, il s’agit essentiellement d’un fondu enchaîné entre les jeunes filles et les solistes. Le chœur doit rester avec vous, mais s’il se désynchronise, il disparaîtra. La troisième fois, cependant, Sullivan utilise une véritable polyrythmie : les jeunes filles et une partie de l’orchestre chantent en 2/4, tandis que les rôles romantiques chantent en 3/4. C’est rare dans la musique classique. Bach l’a fait parfois. Mozart utilise plusieurs orchestres en différentes signatures dans Don Giovanni, mais c’est plus un tour de passe-passe. Chopin aimait jouer avec la relation entre les mains, et dans une version de son nocturne en Do# mineur, la main droite est en 3/4 et la gauche en 4/4. Bartók et Ives ne comptent pas, car ils ne cherchent pas à être mélodiques.
Mais ici, Sullivan est sincèrement dans les deux mesures à la fois, et cela fonctionne très bien. Il semble avoir aimé le résultat. Trois ans plus tard, dans Iolanthe, il écrit un numéro pour le Lord Chancellor avec l’accompagnement en 2/4 et la voix en 6/8 pendant toute la pièce. Je soupçonne qu’il a choisi d’en faire un solo et non un ensemble à cause des difficultés rencontrées ici.
Conseils de direction
Je recommande de commencer le morceau en 2 temps, avec un battement strict et sans rebond, en insistant sur la clarté et la diction. À la lettre A, une fois le tempo bien établi, passez à une direction à 1 temps, en intégrant les solistes pendant que le chœur aligne son 2/4 sur votre temps fort. Répétez plusieurs fois pour clarifier vos intentions.
- 2 mesures avant l’entrée du chœur : repassez à 2 temps rapide et clair.
- 2 mesures avant le changement de tonalité : repassez à 1 temps.
- Après E : retour à 2 temps.
- 2 mesures avant le changement de tonalité suivant : retour à 1 temps.
- Restez à 1 temps jusqu’après le point d’orgue, puis retour à 2 temps pour la clarté du ritornello final.
Concentrez-vous sur le chœur lorsqu’il chante, et donnez un peu plus de liberté aux solistes lorsqu’ils chantent seuls. Il n’y a pas de place pour le rubato ou le phrasé libre quand le chœur essaie de coordonner ses temps forts, mais un peu plus de souplesse est possible quand il est silencieux.
Je pense aussi que la notation de la dernière note vocale pour Mabel et Frédéric est une erreur. Il semble étrange qu’ils s’arrêtent aux deux tiers de la mesure alors que le chœur coupe à mi-mesure. Le manuscrit indique clairement que le chœur doit chanter jusqu’à la fin de la mesure, et que la noire notée est incorrecte. Pour plus de clarté, tout le monde devrait couper au début de la mesure suivante.
Une idée rythmique subtile
Sullivan veut peut-être rendre sa position trop explicite : les amoureux viennent d’un autre monde. Le 2/4 terre-à-terre n’est pas pour eux. Ils vivent en 3/4, la mesure que Frédéric a introduite dans son aria lente, et que Mabel reprend à un tempo rapide. Elle trouve du repos en tempo moyen lorsqu’ils chantent ensemble.
Structure des introductions
Les introductions des jeunes filles raccourcissent à chaque fois :



C’est comme si les jeunes filles plongeaient dans la piscine, nageaient dans deux signatures rythmiques à la fois, puis remontaient, couraient en arrière et découvraient que Sullivan avait scié le bout du plongeoir. Sullivan a toujours des idées intéressantes sur le rythme dans ses mélodies. Ici, il semble jouer avec la structure rythmique à grande échelle pour faire des déclarations subtiles et faire avancer l’élan du morceau.
Voici un passage qui distingue les directeurs musicaux vraiment investis de ceux qui font le minimum syndical. Il y a des problèmes de justesse et de mémoire dans les parties féminines qui sont intrinsèquement délicats, mais le principal défi réside dans les signatures rythmiques simultanées, un problème de coordination que vous, en tant que directeur musical, devez résoudre.
Problèmes de notes et de mémoire
Dans le premier passage des jeunes filles, la ligne d’alto descendante sur « Et tout est sec, même la bruyère » nécessitera une attention particulière. La ligne de soprano est assez diatonique, avec seulement quelques altérations, mais la partie d’alto sur « la bruyère alors qu’il a… » est un véritable fouillis d’intervalles de tons et demi-tons. Je recommande vivement d’isoler cette section et de l’enseigner d’abord aux altos, avant que la version plus simple des sopranos ne vienne embrouiller les choses. Ensuite, lors de l’apprentissage de la conclusion de ce passage, portez une attention particulière au Fa dièse final, car vous devrez le distinguer des deux autres occurrences plus tard.
Le deuxième couplet chanté par les jeunes filles commence de manière identique mais se termine dans les graves sur un si bémol. Si vous ne travaillez pas cette différence, vous obtiendrez deux versions simultanées, et le Fa dièse créera un accord de septième majeure à l’entrée de Frédéric, plus proche d’un dîner-spectacle de cabaret que de la Cornouaille.
Le troisième couplet du chœur est l’exception. Il est en Sol majeur, pas en Si, et le contour mélodique monte : Sol sur « SOLeil », La sur « TEMPS », Si sur « TOUT ». Ensuite, on revient en Si majeur, notre tonalité principale. La ligne d’alto des 12 dernières mesures est un peu maladroite. Il n’y a pas de temps pour respirer dans ce passage. Insistez sur la nécessité de respirer en décalé et de sacrifier un mot plutôt que de compromettre l’ensemble en essayant de tout chanter après une respiration.
Gestion du rythme
Les deux premières fois où nous rencontrons la polyrythmie, il s’agit essentiellement d’un fondu enchaîné entre les jeunes filles et les solistes. Le chœur doit rester avec vous, mais s’il se désynchronise, il disparaîtra. La troisième fois, cependant, Sullivan utilise une véritable polyrythmie : les jeunes filles et une partie de l’orchestre chantent en 2/4, tandis que les rôles romantiques chantent en 3/4. C’est rare dans la musique classique. Bach l’a fait parfois. Mozart utilise plusieurs orchestres en différentes signatures dans Don Giovanni, mais c’est plus un tour de passe-passe. Chopin aimait jouer avec la relation entre les mains, et dans une version de son nocturne en Do# mineur, la main droite est en 3/4 et la gauche en 4/4. Bartók et Ives ne comptent pas, car ils ne cherchent pas à être mélodiques.
Mais ici, Sullivan est sincèrement dans les deux mesures à la fois, et cela fonctionne très bien. Il semble avoir aimé le résultat. Trois ans plus tard, dans Iolanthe, il écrit un numéro pour le Lord Chancellor avec l’accompagnement en 2/4 et la voix en 6/8 pendant toute la pièce. Je soupçonne qu’il a choisi d’en faire un solo et non un ensemble à cause des difficultés rencontrées ici.
Conseils de direction
Je recommande de commencer le morceau en 2 temps, avec un battement strict et sans rebond, en insistant sur la clarté et la diction. À la lettre A, une fois le tempo bien établi, passez à une direction à 1 temps, en intégrant les solistes pendant que le chœur aligne son 2/4 sur votre temps fort. Répétez plusieurs fois pour clarifier vos intentions.
- 2 mesures avant l’entrée du chœur : repassez à 2 temps rapide et clair.
- 2 mesures avant le changement de tonalité : repassez à 1 temps.
- Après E : retour à 2 temps.
- 2 mesures avant le changement de tonalité suivant : retour à 1 temps.
- Restez à 1 temps jusqu’après le point d’orgue, puis retour à 2 temps pour la clarté du ritornello final.
Concentrez-vous sur le chœur lorsqu’il chante, et donnez un peu plus de liberté aux solistes lorsqu’ils chantent seuls. Il n’y a pas de place pour le rubato ou le phrasé libre quand le chœur essaie de coordonner ses temps forts, mais un peu plus de souplesse est possible quand il est silencieux.
Je pense aussi que la notation de la dernière note vocale pour Mabel et Frédéric est une erreur. Il semble étrange qu’ils s’arrêtent aux deux tiers de la mesure alors que le chœur coupe à mi-mesure. Le manuscrit indique clairement que le chœur doit chanter jusqu’à la fin de la mesure, et que la noire notée est incorrecte. Pour plus de clarté, tout le monde devrait couper au début de la mesure suivante.
Une idée rythmique subtile
Sullivan veut peut-être rendre sa position trop explicite : les amoureux viennent d’un autre monde. Le 2/4 terre-à-terre n’est pas pour eux. Ils vivent en 3/4, la mesure que Frédéric a introduite dans son aria lente, et que Mabel reprend à un tempo rapide. Elle trouve du repos en tempo moyen lorsqu’ils chantent ensemble.
Structure des introductions
Les introductions des jeunes filles raccourcissent à chaque fois :



C’est comme si les jeunes filles plongeaient dans la piscine, nageaient dans deux signatures rythmiques à la fois, puis remontaient, couraient en arrière et découvraient que Sullivan avait scié le bout du plongeoir. Sullivan a toujours des idées intéressantes sur le rythme dans ses mélodies. Ici, il semble jouer avec la structure rythmique à grande échelle pour faire des déclarations subtiles et faire avancer l’élan du morceau.
Le paragraphe intitulé « Conseils de direction musicale » est une traduction adaptée à la version française du livret d’un long et excellent article de Peter Hilliard, qui a dirigé de nombreuses œuvres de Gilbert & Sullivan et qui donne son analyse ainsi que de précieux conseils aux directeurs musicaux qui entreprendraient de diriger Les Pirates de Penzance.
Le texte adapté ici ne représente pas l’opinion de Peter Hilliard sur la version française.
Les conseils de Peter Hilliard concernent la version originale des Pirates de Penzance et sont accessibles sur son site : Gilbert and Sullivan’s The Pirates of Penzance: A Rough Guide for the M.D.).
Ceci est pour rendre hommage au travail remarquable de Peter Hilliard et à la générosité qu’il manifeste en mettant à disposition son analyse et ses conseils.
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